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Si ta mère, ta sœur ou ta tante a vécu avec l'endométriose, une question te trotte sûrement en tête : est-ce que je risque de l'avoir moi aussi ? Et est-ce que je pourrais la transmettre un jour à ma fille ? Et cette inquiétude est totalement légitime !
Dans cet article, on va démêler ensemble le vrai du faux sur l'hérédité de l'endométriose. Ce que la science sait réellement de la transmission familiale, ce qu'elle ne sait pas encore, et surtout comment utiliser ton histoire familiale comme un atout pour raccourcir le parcours de diagnostic. Une chose est sûre dès maintenant : avoir des antécédents familiaux n'est pas une condamnation. Si tu veux d'abord (re)poser les bases de la maladie, tu peux lire notre guide complet sur l'endométriose.
Comprendre la part de la génétique dans l'endométriose
Petit rappel pour commencer : l'endométriose se caractérise par la présence d'un tissu semblable à la muqueuse de l'utérus en dehors de l'utérus. C'est une maladie fréquente, qui touche environ une femme sur dix en âge de procréer (1).
La première chose à comprendre, c'est que l'endométriose est une maladie multifactorielle : elle ne résulte jamais d'une seule cause, mais d'une combinaison de facteurs qui s'entremêlent (2). On y retrouve une part génétique, mais aussi un dysfonctionnement du système immunitaire, des facteurs hormonaux et des facteurs environnementaux comme l'exposition aux perturbateurs endocriniens (2).
Concernant la génétique justement : les études menées sur des jumelles estiment que les facteurs génétiques expliquent environ la moitié de la vulnérabilité à la maladie (3), un ordre de grandeur confirmé par les plus grandes analyses génétiques récentes (4). Attention, cela ne veut pas dire que la moitié des cas serait « d'origine génétique » : cela signifie que, dans la population, la génétique pèse pour environ 50 % dans les différences de risque entre les femmes. Et il faut rester nuancée : à ce jour, les variations génétiques identifiées par la recherche n'expliquent qu'une petite partie des cas, et elles ne permettent pas de prédire individuellement qui développera la maladie (2).
Autre point essentiel, souvent oublié : la transmission familiale ne passe pas uniquement par les gènes. Au sein d'une même famille, on partage aussi un environnement. Parmi les pistes étudiées figure notamment l'exposition aux perturbateurs endocriniens pendant la vie fœtale, c'est-à-dire in utero, via la mère : l'exposition à certaines substances comme les dioxines ou le bisphénol A pourrait augmenter le risque de développer la maladie plus tard (2). Une histoire familiale d'endométriose peut donc refléter à la fois un terrain génétique partagé et des expositions communes.

Quel est le pourcentage de risque de transmission familiale ?
Si une parente au premier degré est touchée, ton risque de développer une endométriose est environ 5 à 7 fois plus élevé que la moyenne (5)(6). C'est un sur-risque réel, mais à remettre dans son contexte : il augmente une probabilité, il ne décide de rien.
Pour t'y retrouver :
- Une parente au premier degré, c'est ta mère, ta sœur ou ta fille
- Le sur-risque familial concerne aussi, semble-t-il, les formes plus sévères de la maladie (5)
- Avoir un antécédent familial ne rend la maladie ni certaine, ni automatique : beaucoup de femmes concernées n'auront jamais d'endométriose
Gènes et hérédité : y a-t-il un « gène de l'endométriose » ?
Non, il n'existe pas de « gène de l'endométriose » unique que l'on se transmettrait comme la couleur des yeux. Ce que l'on hérite, c'est une prédisposition polygénique : une combinaison de nombreuses petites variations génétiques qui, mises bout à bout, augmentent un peu la vulnérabilité (4).
La plus grande analyse génétique menée à ce jour a identifié 42 régions de l'ADN associées à un risque accru d'endométriose, mais chacune n'a qu'un effet minime, et l'ensemble n'explique qu'une faible part de la maladie (4). C'est exactement pour ça que deux sœurs partageant le même patrimoine et le même environnement peuvent avoir des destins très différents : on hérite d'un terrain, pas d'une fatalité.
Ce « terrain » n'est d'ailleurs pas seulement génétique. On hérite aussi, dans une famille, d'une certaine propension immunitaire. Chez de nombreuses femmes atteintes, le système immunitaire fonctionne sur un mode d'inflammation chronique de bas grade, et certaines de ses cellules chargées de « faire le ménage » (les macrophages et les cellules NK, les cellules « tueuses naturelles ») peinent à éliminer les cellules issues du reflux menstruel (2). C'est l'une des pistes qui expliquerait pourquoi, à reflux équivalent, certaines femmes développent des lésions et d'autres non.
Mère, sœur, tante atteinte : comment réagir face au risque familial ?
Connaître son histoire familiale, ce n'est pas une raison de s'inquiéter au quotidien : c'est surtout une occasion d'être attentive aux bons signaux et de ne pas laisser traîner des symptômes.
Quels sont les premiers signes qui doivent alerter ?
Les signes à surveiller sont surtout des règles très douloureuses et une douleur qui déborde du quotidien. Connaître l'existence de ce terrain familial est une clé précieuse : cela permet d'accueillir ses propres ressentis avec attention et de s'autoriser à demander de l'aide sans attendre.
Les principaux signaux d'alerte :
- Des règles invalidantes qui te clouent au lit ou t'empêchent d'aller en cours ou au travail
- Des douleurs pelviennes qui ne se limitent pas à la période des règles
- Des douleurs pendant les rapports
- Des troubles digestifs cycliques et un ventre qui gonfle (le fameux endobelly)
- Une fatigue importante
- Des difficultés à concevoir
On insiste sur un point essentiel : souffrir pendant ses règles n'est jamais « normal », même quand c'est « de famille ». Si tu te demandes comment reconnaître un épisode douloureux, on t'explique tout dans cet article sur la crise d'endométriose.
À quel âge et comment aborder le dépistage précoce ?
L'endométriose débute souvent dès l'adolescence, parfois dès les premières règles, même si le diagnostic tombe en moyenne entre 25 et 30 ans. En France, le retard de diagnostic reste d'environ 7 ans en moyenne (8).
Quand il existe une histoire familiale, l'enjeu est donc d'être vigilante plus tôt. Une prise en charge précoce permet de mieux soulager les douleurs et de ne pas laisser la situation s'installer. Concrètement, si une adolescente de la famille a des règles qui l'empêchent de vivre normalement, c'est le moment d'en parler à un professionnel : un gynécologue, idéalement sensibilisé à l'endométriose, ou un centre expert.
Culpabilité et transmission : la dimension psychologique
Si tu es maman et que tu vis avec l'endométriose, tu portes peut-être une charge de culpabilité à l'idée de « transmettre » la maladie à ta fille. On veut te dire les choses clairement : tu n'as choisi ni tes gènes, ni ceux de ton enfant, et transmettre un terrain de vulnérabilité n'est pas transmettre une maladie.
Souviens-toi que la génétique n'est qu'une pièce du puzzle. Une autre pièce, l'épigénétique, désigne la façon dont le mode de vie et l'environnement peuvent influencer la manière dont les gènes s'expriment. Les mécanismes précis restent à l'étude dans le cas de l'endométriose (2), mais cette piste rappelle une chose importante : avoir une prédisposition ne fige rien à l'avance. Cela laisse de la place à la vigilance, à un diagnostic précoce et à un accompagnement adapté.
Diagnostic de l'endométriose : l'importance de l'histoire familiale
Ton histoire familiale est une information médicale précieuse. Bien présentée à ton médecin, elle peut orienter plus vite vers le bon diagnostic et t'éviter des années d'errance. C'est un peu comme dresser un petit arbre généalogique de la santé féminine de ta famille.
Comment préparer ta consultation médicale et en parler à ton médecin
Le plus efficace est d'arriver en consultation avec ton histoire familiale et tes symptômes déjà notés. Plus c'est concret, plus ton médecin pourra agir vite.
Ta petite check-list avant le rendez-vous :
- Note qui dans ta famille a eu une endométriose, une adénomyose ou des règles très invalidantes (mère, sœurs, tantes, grands-mères)
- Suis tes symptômes sur un calendrier de cycle : intensité de la douleur, jours concernés, impact sur ton quotidien
- Mentionne spontanément tes antécédents familiaux : ne pars pas du principe que la question te sera posée
- Si tu as un doute sur la nature de tes douleurs, notre article sur adénomyose et endométriose peut t'aider à mieux décrire ce que tu ressens
On espère que cet article t'aura apporté des réponses et, surtout, un peu d'apaisement. Avoir une histoire familiale avec l'endométriose c'est avoir une longueur d'avance pour consulter tôt et te faire accompagner plus sereinement. ❤️
- Endométriose : maladie chronique liée à la présence d'un tissu semblable à la muqueuse de l'utérus en dehors de l'utérus.
- Prédisposition polygénique : vulnérabilité liée à de nombreuses petites variations génétiques, et non à un seul gène.
- Épigénétique : ensemble des mécanismes par lesquels l'environnement et le mode de vie influencent l'expression des gènes, sans modifier l'ADN.
- Héritabilité : part des différences de risque entre les femmes qui s'explique par la génétique. Estimée à environ 50 % pour l'endométriose.
- Variant génétique : petite variation dans l'ADN qui peut, à son échelle, modifier légèrement un risque.
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